Une Alchimie de l'Eveil

Ep.13 : Comprendre l'Ego pour Apprendre à s'Aimer Librement

Iker Aguirre Season 1 Episode 13

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Dans ce nouvel épisode de votre chaine de podcasts Une Alchimie de l'Eveil, Iker Aguirre se concentre sur l'ego. Il sera question de connaître les différents courants qui parlent de l'ego pour commencer à l'apprehender. On se posera la question : l'ego est-il ami ou ennemi ? Pour ensuite comprendre la notion de transcendance de l'ego chère à la psychologie orientale. Enfin il sera question des spirales de l'ego et des pièges qui nous attendent chemin faisant. Nous finirons avec un exercice aussi beau que puissant.

Cet épisode a été fait dans le cadre du défi de 21 jours "Aimez-vous !" avec Louise Hay. Il est complémentaire avec les épisodes antérieurs .

Episode 9 : Apprendre à s'Aimer, un Parcours d'Eveil
Episode 11 : Le Pouvoir des Affirmations Positives
Episode 12 : Puissance et Secrets de l'Exercice  Miroir.

Cet épisode est la version audio  de la séance "En Live..." du Mercredi 8 Juin 2022, avec les participants à la formation "Aimez-vous !" de Louise Hay.

L'épisode en détail : 

  • Définition de l'ego et courants historiques
  • Ego, ami ou ennemi ?
  • Transcendance de l'ego
  • Les spirales de l'ego
  • Les pièges de l'ego
  • Un chemin de transcendance : exercice

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Le moment est venu de réinventer notre humanité et ce n’est pas en restant dans la cadre que nous allons le faire.

Chers amis, bonjour et bienvenue dans votre chaîne de podcast « Une alchimie de l'éveil ». Je suis Iker Aguirre et aujourd'hui nous allons entamer un nouvel épisode qui, encore et toujours, nous amène à nous connaître de mieux en mieux pour apprendre, avant et surtout, à s'aimer librement.

Quel parcours du combattant que d'apprendre à se connaître, à dénouer les jeux et les enjeux de notre psyché intérieur, de notre construction, de notre être, de notre personnalité. Pourquoi ? Pour veiller enfin à une vie plus épanouie, plus apaisée, plus en paix avec soi-même. Et dans tout ça, il y en a un qu'il faut connaître surtout et avant tout, c'est notre propre ego, le tout pour s'aimer librement.

Alors ça peut avoir l'air contre-intuitif et paradoxal que l'on fasse un épisode sur l'ego pour s'aimer, alors que la plupart des personnes considèrent l'ego comme une sorte de piège superlatif de personnes qui s'aiment trop. Mais l'ego, en tant que tel, recèle d'un univers monumental de nuances qui peuvent se mettre au service de notre épanouissement ou au service de notre asservissement. Mais il n'y a pas que ça. Car on l'apprend, et vous le verrez par la suite, de la psychologie orientale, que l'ego n'est pas, comme on pense en Occident, le centre, l'axe central, axial de la construction de notre personnalité — quelque chose avec laquelle il faut faire et vivre indéfiniment, inévitablement. Mais qu'en réalité, c'est quelque chose qui peut être transcendé.

De tout ça, et d'encore plus, il sera question dans cet épisode. Tout comme l'épisode de la semaine dernière, celui-ci est une extraction de l'audio d'une session en live.

Dans cet épisode, qui est un extrait d'une session en live streaming, vous allez trouver d'abord une question sur la définition de l'ego : de quoi s'agit-il, l'historique et les différents courants qui nous en parlent. Il sera question de trois courants : la psychologie occidentale, la psychologie orientale, mais aussi l'approche spirituelle du rapport à l'ego. Par la suite, il sera question de comprendre si l'ego est un ami ou un ennemi, à quel moment il est l'un ou l'autre, pour ensuite basculer dans les notions de transcendance de l'ego.

Mais chemin faisant, une fois que l'on se lance dans cette aventure-là, on se rend compte que l'ego fonctionne par spirale, avec deux pas en avant, un pas en arrière, des spirales qu'il est nécessaire de connaître. Car à chaque fois il progresse, il évolue, mais il essaye en même temps de se déguiser pour passer inaperçu. Derrière ce chemin-là, il y a aussi de nombreux pièges, ceux de l'ego pour rester bien tranquille, bien dans le confort. Car s'il y a une chose qu'il n'aime pas, c'est le changement et d'être vu à la lumière du jour.

Pour finir, nous allons vous partager un exercice magnifique, multidimensionnel, extrêmement puissant et surprenant, qui vous permettra, d'une façon alternative complètement différente et inespérée, de progresser dans le développement de votre observation, de votre ressenti subtil et de votre capacité d'appréhension des différentes étapes de transformation que vous vivrez dans votre vie, vous liant à vous-même, au vivant et, par la force des choses, aussi à l'ego.

Si vous avez des questions, n'hésitez pas à nous écrire. Ce sera pour nous un plaisir d'y répondre dans de prochains épisodes, voire de les intégrer dans nos prochains lives, où il sera encore question d'approfondir les notions d'amour pour soi. Et sans transition, permettez-moi de vous introduire ce nouveau live sur comprendre l'ego pour pouvoir enfin s'aimer librement.

D'où vient la notion d'ego ? De Freud aux trois grands courants

Nous allons commencer par raconter certaines histoires, les différents courants qui existent, histoire de contextualiser cette notion d'ego : d'où elle vient, pourquoi on en parle. Posons déjà ce cadre de l'émergence de cette notion d'ego : comment arrive-t-elle dans nos vies et à qui la doit-on ?

La première personne dont je vais parler, c'est ce monsieur, Sigmund Freud. Il n'avait pas l'air très marrant, je dois vous avouer, c'est la photo la plus souriante que j'ai trouvée de lui. Bref, Sigmund Freud est le père de la psychanalyse. Et il a évoqué le premier la notion d'ego. Quand il a décrit l'ego, il l'a décrit en trois espaces différents : le ça, le moi et le surmoi.

Si on parle en termes neuroscientifiques, un peu à la mode aujourd'hui, le ça correspondrait au cerveau reptilien, c'est-à-dire les fonctions de base faites pour survivre : les pulsions de manger, dormir, se reproduire et sauver sa peau. Donc, pour Freud, la première base, le ça, correspondait à ses pulsions de vie. En face des pulsions de vie, il y avait le surmoi. Le surmoi, aujourd'hui, avec d'autres termes, on va l'appeler le juge intérieur, le saboteur intérieur, le syndrome de l'imposteur, appelez-le comme vous voulez. Ces empêcheurs de tourner en rond, ces enquiquineurs. Et entre les deux, il y a le moi. Qui, entre les pulsions de survie d'un côté et le saboteur intérieur de l'autre qui te dit « fais ci, fais pas ça », essayait de faire ce qu'il pouvait. Et c'est comme ça que, dans la psychologie occidentale, on entre en liaison avec cette notion d'ego.

Donc déjà Freud, avant même les neurosciences, avait décelé de façon assez précise des mécanismes de fonctionnement du cerveau, et ces mécanismes correspondent à ce ça, ce moi, ce surmoi, ce que les neurosciences nous ont ratifié.

La vision occidentale

La vision occidentale naît de Freud, mais ensuite tout un ensemble d'écoles viennent se rattacher au développement de tous ces concepts. L'ego devient le thème central de notre construction. Donc, nous nous construisons autour de l'ego : c'est le centre axial de la construction de notre personnalité. Il est au centre, c'est l'axe principal, et notre personnalité va venir se développer autour de cette notion d'ego. Et le troisième point — alors là c'est très subjectif ce que j'ai mis — on est condamné à une vie de conflit entre le ça, le surmoi, et au milieu, pris en étau, ce rapport à l'ego.

La vision orientale

Et c'est là que les nuances deviennent extrêmement intéressantes. La psychologie orientale est assez influencée par la vision spirituelle, même si elle s'en détache aussi. L'ego y est une construction psychologique de l'enfance, la naissance d'un jeu de représentation. Pourquoi un jeu de représentation ? Parce que l'enfant, étant petit, n'a pas assez d'expérience de vie, assez de recul, pour développer une notion consciente de qui il est dans ce monde. Et donc l'ego devient une construction psychologique qui lui permet de s'identifier à un jeu, et ce jeu lui permet de se représenter dans le monde, alors qu'il manque de recul pour ne serait-ce que comprendre qui il est, d'où il vient et ce qu'il fait. Cet ego-là, à une époque très très jeune, va donner une notion d'être et d'individualité.

Ensuite, avec l'expérience de vie et l'expérience de l'être, commence à naître un autre jeu. Un jeu plus sage, car il a l'expérience, le vécu, le recul : c'est un jeu identitaire. Et donc on se retrouve dans un certain clivage, dû au fait que nous avons cette construction psychologique qui reste toute la vie et qui vient ensuite cohabiter avec l'être que nous avons construit au gré des années. Une sorte de dichotomie intérieure.

Et donc la vision orientale parle d'une notion de transcendance de l'ego, c'est-à-dire d'aller au-delà de l'ego pour aller connecter avec le « je » essentiel. Là, on commence à se rapprocher beaucoup de la vision spirituelle orientale. À ce moment-là, soit on prend des chemins idéaux, soit des chemins spirituels, de liaison avec une notion d'unicité, un rapport à ce qu'on pourrait appeler l'essence pure de qui nous sommes, au-delà des constructions ou des subterfuges psychologiques faits à un très jeune âge. Ces deux notions nous donnent un angle de perception très différent, mais qui nous permet de comprendre pourquoi la vision orientale est très complémentaire à la vision occidentale.

La vision spirituelle

Ensuite, nous avons la vision spirituelle de l'ego, qui dit que nous sommes des êtres spirituels qui vivons une expérience de matière, et nous expérimentons notre spiritualité à travers la matière. C'est ainsi que l'on reconnecte avec la notion de l'essence pure de l'être. Nous sommes des êtres spirituels, celle-là est notre essence pure, et donc on vient expérimenter cette essence à travers une expérience de matière. En l'expérimentant, on a cette expérience qu'on appelle d'unicité, de liaison au tout.

Dans ce contexte, l'ego est fait de croyances. Ce sont des perceptions de notre monde qui amènent à une séparation, à une dualité. L'ego se construit, et en se construisant, il vit en comparaison avec ce qui se passe autour de lui. Dans cette comparaison, il y a lui et le reste du monde. Mais dès le moment où il y a lui et le reste du monde, il y a un monde que l'on dit dual. Il y a dualité parce qu'il y a séparation. Et expérimenter quelque chose, c'est la meilleure façon de pouvoir expérimenter son contraire. C'est parce que vous avez froid que vous savez que ça fait du bien quand il fait chaud. C'est quand vous êtes triste que vous savez à quel point ça fait du bien d'être joyeux. Et donc, dans l'expérimentation des opposés, on prend conscience de l'unicité.

Une approche pragmatique et intégrative

Quelqu'un dans le chat évoque Carl Gustav Jung. Merci d'en parler, car c'est, en Occident, l'un de ceux qui a fait une liaison parfaite entre les trois piliers et qui a amené une compréhension magnifique de qui nous sommes, tout en mariant les demandes. Je n'en ai pas parlé parce que ça me faisait partir trop loin.

Dans les hypothèses que je retiens pour cette intervention — qui ne sera évidemment pas exhaustive — il y a d'abord ceci : il y aurait, d'après la vision orientale, une possibilité de transcendance de l'ego. On pourrait donc imaginer, entre guillemets, et les puristes pourraient me sauter dessus, que la vision occidentale pourrait être incomplète ou partielle. Je ne dis pas qu'elle l'est, mais ça m'intéresse qu'il y ait une alternative apportée par la vision orientale. Le deuxième point, de façon extrêmement pragmatique : ça veut dire qu'il existe une compétence, un chemin qui a une autre portée. Et c'est ça qui me plaît : nous pouvons être les pilotes de notre propre évolution. Car j'ai un peu de mal quand, dans la vision occidentale, on reste prisonnier de notre ego. Et là, une autre école te dit : non, non, non, tu n'es pas obligé d'être prisonnier de ton ego.

Mon expérience de mort imminente

À côté de ça, je veux vous parler de ma propre expérience, qui impacte beaucoup l'angle que j'ai pris et les hypothèses que j'ai retenues. Je vous l'avais raconté la dernière fois lors du live : le 13 février 2009, je fais un gros burn-out, un vrai très gros burn-out. Je finis à l'hôpital, et à l'hôpital, je vis ce qu'on appelle une expérience de mort imminente. Ce fut une expérience qui changea radicalement ma vie, un virage à 180 degrés. Je ne vais pas vous la décrire aujourd'hui, car ça nous éloignerait de la thématique.

À ce moment-là, j'ai vécu un espace de fusion totale avec le tout. Cette notion d'unicité : j'étais tout et tout était moi. Rien n'était manifesté en moi parce que tout était déjà en moi. C'était une sensation d'être relié à tout, et une sensation d'omniscience en même temps. Et le plus beau de tout, c'était que c'était un retour à la maison. Dans cet espace-là, j'ai eu un échange avec une voix. Elle m'a juste posé deux questions. Une sur le fait de savoir si j'étais fier de ce que j'avais accompli. Et la deuxième : est-ce que j'étais sur le chemin pour lequel j'étais venu. Il y a eu un lien total et absolu avec une vérité qui dépassait mon être matériel. J'ai vu le film de ma vie, et il y a eu un avant et un après.

C'était extrêmement perturbant, parce qu'avant cette expérience, je n'étais pas quelqu'un de particulièrement spirituel ni pratiquant. Ma religion, c'était aller surfer, faire du snowboard. C'était assez trivial. Sauf que ce jour-là, je prends conscience que je viens de quelque part, je vais quelque part, et entre les deux, il y a ma vie et j'ai un chemin à parcourir. Quelle était cette voie ? D'où je viens ? Où je vais ? Toute une série de questions spirituelles avec lesquelles j'ai dû vivre et avancer.

Pourquoi je vous raconte tout ça ? Parce qu'il y a eu dans cet événement une notion de transcendance de l'être. Et donc, quand je découvre les différents piliers de l'approche orientale de transcendance de l'ego, ça me parle énormément. Ce sentiment d'être de retour à la maison, cette voix tellement intime, qui fait tellement partie de mon être profond, je n'ai qu'une envie : savoir où elle est et savoir y revenir. Tout ceci, de façon subjective — je le souligne — influence ce que je vous raconte là. Et à partir de ce jour-là, ma vie a changé radicalement, pour le largement meilleur.

L'hypothèse retenue aujourd'hui, c'est qu'on a, depuis Freud jusqu'à nos jours, avec les différentes écoles, une évolution de la pensée. Et on va essayer d'avoir un processus inclusif et intégratif. On ne va pas dire l'un a raison, l'autre a tort. Ils ont tous des choses à nous apporter. Donc dans ce live, on va s'intéresser à toutes ces choses, et en particulier voir quelles sont les pépites qu'on peut en ressortir. Parce qu'en une heure, on ne peut pas avoir une approche exhaustive. J'aime retenir cette approche extrêmement pragmatique : les uns disent, les autres disent, moi j'écoute. Si ça marche, je prends. Si on me donne des pistes que je peux creuser, si je deviens pilote dans ma vie, sans dépendre de tierces personnes, et qu'on me donne des chemins que je peux traverser, moi je dis bingo. C'est l'autonomisation, devenir nous-mêmes les maîtres de notre propre vie.

L'ego, ami ou ennemi ?

L'ego, d'après vous, c'est un ami ou un ennemi ? Vous êtes la majorité d'entre vous à répondre les deux. Eh bien oui : l'ego est un ami et un ennemi. En Occident, souvent on lui met tous les noms d'oiseaux : l'ego, c'est l'ennemi à abattre. Eh bien, pas toujours.

Le côté lumineux de l'ego

Commençons par le côté lumineux. L'ego, quand il se construit pendant l'enfance, ce qu'il nous permet, c'est d'avoir un cadre dans le monde où l'on vit. Il nous permet de nous situer. On est enfant, on n'a pas d'expérience, l'ego m'aide à cadrer le monde dans lequel je vis et à me positionner dedans. Il a donc eu un rôle positif : il m'a donné une place dans le monde.

Ensuite, l'ego me donne un cadre de sécurité. Il me protège, car il veille avant tout et surtout à ma survie et à mon bien-être. Il y a donc une notion de force intérieure très importante. Vous avez tous connu ça : quand c'est très difficile, quand vraiment ça devient compliqué, quand vous avez l'impression que tout s'écroule autour de vous, qu'est-ce qui reste à la fin ? Il reste vous. « Je vais m'en sortir. Je vais y arriver. Peu importe, je vais m'accrocher. » Ce « je »-là, c'est notre ami. Ceux d'entre vous qui avez vécu des moments vraiment très difficiles, quand vous vous retournez, vous vous dites : si j'ai tenu, c'est parce que cette petite voix intérieure me disait « je vaux la peine, je vais m'accrocher ». Tout autour était sombre, et la lumière, elle était où ? Dans ce fort intérieur qui te dit « accroche-toi ». Ça, c'est notre ego ami, celui qui ne nous fait jamais oublier qui nous sommes.

Quand l'ego devient un ennemi

Mais parfois, après, il peut dériver, et c'est là que l'ego peut devenir un ennemi. Pourquoi ? Parce que, quand nous étions enfants, on s'est construit dans l'observation et la comparaison. Il y a donc une notion, rattachée à l'ego, de séparation, de division, d'opposition et de jugement. Parce que je me compare vis-à-vis du reste du monde. Dès le moment où je me compare, il y a moi et le reste du monde : il y a séparation. Si on pousse à l'extrême, la séparation se transforme en division : moi et les autres, moi contre les autres, versus les autres. On entre dans une opposition : ma vision du monde contre l'autre. La mienne est la bonne, l'autre n'est pas bonne. Et forcément, il y a une notion de jugement : je regarde, j'analyse, j'en tire des conclusions subjectives à travers ma compréhension du monde.

Ensuite, il y a le refus du changement. L'ego n'aime pas le changement, car le changement peut être une menace pour sa propre survie. L'ego ne sait pas faire la différence entre votre survie et la sienne. Donc l'ego n'aime pas la transcendance : « non, non, moi je ne peux pas disparaître. » Parce qu'il a été créé à un âge très tôt, qui voulait dire ego égale vie, égale survie. Si l'ego n'est pas, il n'y a plus de vie. Ce que la psychologie orientale nous dit, c'est : non, ce n'est pas vrai, il y a une autre vie derrière tout ça.

Ce qui nous amène à une autre dérive : l'archétype de la victime. Dès le moment où on est perdant dans le jeu des comparaisons, on s'érige soi-même en victime. Et puis il y a le sentiment de supériorité. Soit je me mets sur un piédestal, soit, quand je suis trop souvent perdant dans le jeu des comparaisons, un sentiment de supériorité vient compenser cela, pour te dire : « non, t'es suffisamment bon, même si les indicateurs disent que non, moi je crois en toi, continue. » On a là ce côté qui est un peu le cliché qu'on donne aujourd'hui à l'ego : le gars qui ne se sent plus marcher ni traverser les portes. Mais vous vous rendez compte que cette personne-là n'est qu'une petite nuance de la quantité de formes que peut prendre l'ego.

Voici le récapitulatif. L'ego ami : sécurité, protection, survie et force intérieure. L'ego ennemi : séparation, division, opposition et jugement ; puis refus du changement, archétype de la victime et sentiment de supériorité.

La dualité, ce qui nous sépare de nous-mêmes

Ce que l'on retient majoritairement, c'est que l'ego nous amène à expérimenter la dualité. Dès le moment où l'ego m'amène dans ce jeu de comparaison qui me sépare de ce que je vois en face, le monde se divise en deux. C'est aussi bête que ça. La notion de dualité est particulièrement importante pour ce dont on va parler : la transcendance de l'ego. Car c'est ça qui sépare les deux logiques, orientale et occidentale.

En Occident, on s'est construit dans un monde dual : les bons et les méchants, le ciel, l'enfer. Alors qu'en Orient, la psychologie et la spiritualité se sont construites autour de la notion — je cite les Chinois — de yin et de yang, qu'on retrouve aussi dans d'autres courants orientaux. Le yin et le yang nous disent qu'il n'y a pas de dualité : nous avons à la fois le yin et le yang à l'intérieur de nous. Il y a donc une notion d'unicité, tout est relié. Il n'y a pas des gens gentils et des gens méchants ; il y a des gens qui décident de nourrir leur côté gentil, mais parfois ils peuvent être méchants, et l'inverse est vrai aussi. Nous sommes tout et un en même temps.

Ce que la dualité crée — et c'est très important par rapport à l'ego — c'est qu'elle nous sépare d'une partie de nous-mêmes. Imaginez : je suis colérique, je pète les plombs, et je n'aime pas cette partie de moi. Donc chaque fois que j'ai de la colère, je vais venir la repousser, la mettre de côté. En la mettant de côté, je laisse de côté une partie de moi, parce que je la refuse. La dualité crée une scission avec moi-même. Cette partie de moi, pourquoi je n'arrive jamais à la canaliser ? Parce que je ne la connais pas, parce que je ne l'ai pas intégrée comme étant partie de moi. C'est donc un rapport complètement différent entre la dualité et l'acceptation que nous sommes les deux versants d'une même réalité.

Dompter, canaliser, mais ne pas réprimer

En réponse à une question : non, ce n'est pas une mauvaise chose de dompter vos mauvais côtés. Au contraire, connaître vos mauvais côtés va vous permettre de les canaliser. Il y a une chose très différente entre les dompter et les canaliser, et les réprimer. Quand vous arrivez à les dompter et à les canaliser, ça veut dire que vous les connaissez suffisamment bien pour les tenir en laisse. Vous les avez amadoués, apprivoisés, suffisamment pour qu'ils ne deviennent pas les pilotes dans l'avion à votre place.

Alors que quand vous les réprimez, vous entrez dans l'exemple de la dualité : vous vous séparez de cet espace-là parce que vous l'ignorez, vous ne voulez pas le regarder. Et en vous séparant de lui, vous n'avez pas une connaissance suffisamment intime de cette partie. Quand elle prend de la force, vous ne le voyez pas, jusqu'à ce qu'elle vous submerge. Et là, c'est elle qui pilote. Donc, ces mauvais côtés : les dompter, oui ; les réprimer, les mettre sous une chape de béton, non.

Émotions : yin et yang

Quant aux émotions : le yin et le yang constituent tout dans l'univers, d'après l'approche orientale. Les émotions ont un versant yin et un versant yang. Le yin sera tout ce qui est intériorisé, le yang tout ce qui est extériorisé. Par exemple, la contemplation, c'est du yin ; le passage à l'action — courir, frapper — c'est du yang. Vous pouvez avoir une colère explosive, tout cassé autour de vous : c'est une colère yang. Ou une colère intérieure — ces personnes qui ne disent rien mais qui, de l'intérieur, ça bout, ça bout : c'est une colère yin. Il n'y a donc pas d'émotion qui soit ou yin ou yang ; les émotions ont les deux. Les Chinois rattachent les émotions aux cinq éléments — cinq éléments, cinq émotions — mais on pourrait faire tout un live, et même plus, sur les émotions et l'intelligence émotionnelle.

Transcender l'ego : les voix intérieures

Maintenant, on va parler concrètement, les mains dans le cambouis, de comment essayer de transcender cet ego et d'expérimenter d'autres espaces de l'être.

Une note avant tout : je ne suis en train de donner aucune leçon à personne. Ce que je raconte ici, ce sont des choses que j'ai pu apprendre en travaillant avec de grands méditants, avec différents maîtres, bouddhistes, taoïstes, occidentaux. Dans le chemin d'éveil à moi-même que j'ai eu à faire depuis le burn-out, il y a eu beaucoup de confrontations à l'ego. Je vous pose ça avec une totale humilité. Ça ne veut pas dire que je me mets dans la position de celui qui a transcendé son ego, parce que ce serait du bullshit. Je travaille comme vous tous à essayer d'aller vers ce chemin-là. Et ça ne prétend pas être exhaustif : je vous fournis ici des pépites, des clés qui peuvent nous servir pour avancer.

La première clé : les voix intérieures. Je vais en opposer deux — il y en a d'autres — : le petit monkey et le vieux sage.

Le petit monkey (le singe fou)

Le petit monkey, c'est ce que les orientaux appellent le singe fou. C'est celui qui nous prend la tête, qui nous envahit, qui envoie des pensées en permanence et que l'on ne peut pas arrêter. C'est la voix prédominante, mais elle vit en simultané avec le vieux sage. Le petit monkey, il gueule, on n'entend que lui. Le sage, lui, parce qu'il est sage, regarde le petit monkey comme un adolescent turbulent : « il faut que jeunesse se fasse. » Il le regarde faire, et quand il vous parle, il chuchote ; il n'a pas besoin de crier, il a la voix de sa sagesse, de son expérience, de son essence. C'est comme les jeunes à deux heures du matin sous chez vous, qui font la fête en gueulant : on les laisse faire. On a exactement la même chose à l'intérieur de nous, un monkey qui n'arrête pas de faire la fête mais qui n'est jamais content.

La première expression du monkey, ce sont les pensées. Mais les pensées qui sont du bruit chaotique. C'est ici qu'on découvre le saboteur intérieur, le juge intérieur et le syndrome de l'imposteur, dont on avait parlé la semaine dernière. Nous en avons tous un. Vous n'êtes ni le seul ni la seule à subir le saboteur intérieur qui vous dit que vous n'allez jamais y arriver ; ni le juge intérieur qui dit « mais tu ne fais pas bien » ; ni le syndrome de l'imposteur qui dit « t'es pas assez bon, tu es une imposture ». Nous avons tous cette voix intérieure, alimentée par le petit monkey. Ça nous libère d'un coup : ça fait du bien de savoir que je ne suis pas le seul au monde à faire face à ces trois enquiquineurs. Sauf que leur existence me sépare du monde, parce qu'elle me compare à lui et alimente la dualité. (Sur les pensées envahissantes, vous avez un épisode du podcast : « Cultiver le bonheur et faire la peau aux pensées négatives. »)

Ensuite, il y a les sentiments qui émergent de ça : les sentiments de honte et de culpabilité. Pour les dépasser, on utilise les mêmes outils que pour les pensées, parce qu'on apprend à s'observer et à observer qu'en fin de compte, ce qui alimente la honte et la culpabilité, ce sont ces voix-là qui pilotent à ma place. Dès le moment où je les vois faire, je vois qu'elles sont extrêmement subjectives, et j'apprends à avoir un autre angle de perception. Celui-ci me permet de faire la paix avec moi-même, de m'accepter avec qui je suis et avec l'image de moi-même — très rattaché au travail qu'on fait avec Louise Hay. C'est ce que j'appelais la semaine dernière la posture méta : je me mets en recul, je me vois faire, et par conséquent j'arrive à déjouer les pièges de ce petit monkey.

Ensuite, les actions d'évitement ou de séparation : c'est là qu'on va réprimer ou refouler. Réprimer une émotion, c'est la chape de béton ; refouler, c'est lui dire « casse-toi ». Ces deux choses créent une séparation avec notre être intérieur que l'on ne connaît pas assez bien. Car c'est dans la découverte intime de notre mode de fonctionnement et l'acceptation que « je suis ça aussi » que j'apprends à découvrir la partie que je décide d'alimenter.

Et dernier point : la projection. Je projette sur l'autre une situation parce que je la refoule ; je rejette sur lui la faute, la responsabilité. C'est l'un des pièges de l'ego : les tensions intérieures créées par le petit monkey, dès le moment où on trouve un coupable à l'extérieur, il ou elle nous permet de les libérer, car il devient responsable. « C'est trop lourd, c'est sa faute, tiens, prends tout ça. » Il y a là un cheminement de pardon, de rapport à soi et aux autres, qui nous permet de libérer ces tensions et de découvrir que ces personnes ont une raison d'être dans notre vie : elles nous permettent de mettre en lumière nos propres zones d'ombre pour les transcender.

Voilà les quatre pistes de danse de la discothèque du petit monkey. C'est vraiment très bruyant.

Le vieux sage

À côté de ça, nous avons la voix du sage. L'intuition fait partie des voix du vieux sage. Il y en a plein. Il nous parle à travers le corps, le corps émotionnel, le corps mental, l'esprit, l'énergie. L'intuition, par exemple, est vécue par beaucoup : normalement, dans une salle où je donne une conférence, à peu près un tiers de la salle sont des personnes intuitives, hommes et femmes à part égale, en dépit de ce qu'on a souvent pensé. La voix du vieux sage, c'est cette voix profonde en liaison avec l'essence pure de qui nous sommes. Quand nous arrivons à calmer le vieux singe, on commence à entendre qu'il se passe des choses au-delà de la voix du singe.

Et là, une petite pépite. Le vieux singe a une signature sensorielle et une énergie très particulière. Quand vous apprenez à reconnaître le vieux singe, vous reconnaissez cette signature. Le vieux sage a une autre signature. Dès le moment où vous reconnaissez l'un et l'autre, vous commencez à vous éloigner énormément des pièges du petit monkey et à vous rapprocher d'un potentiel extraordinaire, car le vieux sage est connecté à qui vous êtes réellement. Il connaît le chemin, il connaît les réponses, même si parfois ces réponses résistent à traverser notre cerveau cartésien — d'où la naissance de cette intuition.

Au-delà de la dualité

Quand on prend conscience de la dualité, dans cette notion de transcendance, qu'est-ce que l'on peut concrètement commencer à faire ?

D'abord, il faut prendre conscience que l'ego a peur de « mourir » — je mets des guillemets. En fin de compte, c'est une angoisse face à l'inconnu, que j'appelle, entre guillemets, transcendantale, parce qu'elle est au-delà de l'ego. Il a une peur de ne plus être, ça crée une angoisse identitaire. Le savoir, ne serait-ce qu'intellectuellement, nous permet déjà de passer un cap. Pour l'ego, il n'y a pas de différence entre sa survie et la vôtre. Lui ne mourra jamais ; mais dès le moment où vous le transcendez, ça veut dire que vous vous passez de lui, et pour lui « vous passer de lui » veut dire vous passer de vivre. Il ne peut pas, il est là pour assurer votre survie. Il y a donc un bug, et il va beaucoup résister au moment où vous allez essayer de le transcender. Il a confondu les notions : il croit qu'il meurt alors que vous allez simplement voir si l'herbe est plus belle de l'autre côté. Mais jamais votre ego ne mourra.

Le jeu des résonances

Vous pouvez aller au-delà de la dualité quand vous prenez conscience de ce que j'appelle le jeu des résonances. Vous allez croiser des gens qui ont des choses en commun avec vous — non pas des atomes crochus, mais : vous vivez quelque chose, et à un moment donné, vous rencontrez quelqu'un qui vit exactement la même chose. C'est étonnant. Plus on prend conscience de ça, plus on se rend compte qu'il y a des notions d'attraction qui font qu'on vit des choses en même temps et qu'on s'aide mutuellement à les vivre. C'est un courant spirituel qui décrit que les personnes qui croisent notre chemin le croisent pour une raison : parce qu'elles ont une résonance avec vous, parce qu'elles ont quelque chose à vivre avec vous, pour s'aider elles-mêmes à transcender quelque chose et pour vous aider, vous, à transcender quelque chose. Qu'il s'agisse d'une personne qui vous aide gentiment ou pas, les deux comptent.

La part d'ombre du chercheur de lumière

Le troisième point, c'est ce que Debbie Ford appelle la part d'ombre des chercheurs de lumière. On trouve en soi ce que l'on rejette chez l'autre, ce que l'autre reflète, ce qu'on n'aime pas chez lui. D'après cette école, toute personne qui existe dans votre vie n'est que le reflet de ce que vous avez à l'intérieur de vous. Si vous voulez que les choses que vous n'aimez pas disparaissent de votre vie, cherchez-les au fond de vous, faites la paix avec elles, canalisez-les, devenez intime avec elles, acceptez-les, et ces choses cesseront de se passer autour de vous. Pour aller au-delà de la dualité, vous devez rompre avec la séparation, le « je veux, je ne veux pas ». C'est apprendre à voir sa propre obscurité pour faire jaillir sa propre lumière. Ce qui amène à se pardonner d'avoir cette part d'obscurité, pour arriver à se guérir des effets collatéraux inconscients de cette part d'obscurité. Debbie Ford a écrit ce livre, La part d'ombre du chercheur de lumière, un livre transformateur pour moi, avec beaucoup d'exercices pratiques.

Créer sa propre réalité

Quatrième point : la notion de créer sa propre réalité. Deepak Chopra nous a parlé de ça, Joe Dispenza aussi. Il y a tout un courant scientifique aujourd'hui qui explique que nous sommes les créateurs de notre réalité. Comme nous en sommes les créateurs, il devient intéressant de comprendre notre rôle de créateur. Comment crée-t-on cette réalité ? Quel rôle avons-nous dans l'observation de cette réalité ? À quel moment commence l'illusion ? À quel moment générons-nous quelque chose que nous nous amenons nous-mêmes à vivre ? Cette notion élimine complètement le fait qu'il y a les autres et moi : tout ce qui existe en toi et autour de toi vient de la simple création de toi-même. Cette intégration crée une paix totale avec notre environnement, puisque cette logique voudrait que ce qui nous arrive vienne par effet de résonance, attiré par nous-mêmes.

Les expériences d'unicité

Tout ceci nous amène aux expériences d'unicité. On peut les appeler expériences d'éveil, expériences mystiques. Ce sont des moments de grâce souvent très ponctuels, non durables. On les cherche souvent par la suite et on a du mal à les retrouver. Ils nous donnent un cap à suivre, ce sont comme des petits clins d'œil, des éveils à soi, qui nous montrent un chemin pour qu'on puisse le continuer. Tous les grands méditants disent que ce sont des moments de grâce ponctuels — quelques minutes, quelques heures ; pour certains, un jour, trois jours. Les seuls pour lesquels ça reste, c'est ce que les orientaux appelleraient des êtres éveillés, des immortels — mais là on est déjà sur d'autres chemins. Les expériences d'unicité sont extrêmement belles, mais on revient inévitablement à ce monde, fait d'ego, de dualité.

Pourquoi ces moments sont difficiles à retrouver

En réponse à Gloria : quand vous prenez les angles du chemin d'éveil à soi, d'éveil de son potentiel, de spiritualité, suivant les chemins que vous entreprenez, vous vous rendez compte qu'on parcourt des chemins et qu'on retombe à chaque fois sur les mêmes grandes thématiques. Il y a plein de portes d'entrée différentes. On a beaucoup de barrages qui nous empêchent de voir. C'est en découvrant le barrage qu'on découvre que, derrière, il y a un palais magnifique, un nouveau monde, un nouveau jardin — mais il n'est accessible que parce que vous voulez y aller. Ce n'est pas que le chemin est difficile, c'est que le difficile est le chemin. Parce que vous expérimentez, et c'est l'expérience qui compte. Le but, ce n'est pas de voir la beauté de cette chambre des mille et une nuits qui vous attend de l'autre côté ; le but, c'est l'expérience qui vous amène à la découvrir. C'est le cadeau qu'on vous fait, parce que vous avez expérimenté cette transcendance pour vivre pleinement, incarner dans votre être de matière l'essence pure de l'être que vous êtes.

Par où commencer pour reconnaître l'ego nuisible

En réponse à Claudine : ne vous prenez pas la tête avec l'observation de l'ego en tant que tel. Commencez par observer le petit monkey, les pensées envahissantes, les quatre piliers que je vous ai donnés. Commencez à le reconnaître lui, parce que derrière lui, vous allez reconnaître les notions beaucoup plus subtiles qui s'expriment à travers lui, et là vous allez commencer à voir le côté ennemi de l'ego. Pour de l'ultra concret, allez voir l'épisode du podcast « Cultiver le bonheur, faire la peau aux pensées négatives », où je donne plein d'exercices pour commencer à observer ces pensées — et observer ces pensées, c'est apprendre à découvrir le petit monkey.

Les spirales de l'ego et ses déguisements

Une notion extrêmement importante : l'ego fonctionne deux pas en avant… deux pas en arrière. L'ego sera toujours là. Sauf que, quand vous allez le transcender une première fois, le petit monkey se dit : « là il m'a eu, il va falloir que je devienne plus intelligent. » Et donc l'ego devient de plus en plus subtil, beaucoup plus fin. Le petit monkey aussi : il devient moins envahissant, moins « m'as-tu-vu », mais il est toujours là. On fait un premier pas, on transcende une partie, puis on revient en arrière car il est devenu plus subtil.

Si l'on devait faire trois grandes étapes dans le rapport à l'ego :

Premièrement, l'ego brut de décoffrage. C'est l'ego de celui qui bombe le torse, qui avance dans le monde — le « yo soy », comme on dirait en Espagne, le concours de quéquette, un truc très de mec. On vient se comparer à tous : c'est moi le plus grand, le plus fort, le plus intelligent. Il est très facile à déceler. Mais quand il s'est fait déjouer une première fois, il va devenir beaucoup plus fin et se déguiser.

Deuxièmement, l'ego déguisé. Il y a trois espaces dans lesquels il adore se déguiser : l'humilité, la compassion et l'abnégation. Ces trois espaces peuvent être parfaitement incarnés et dénoués de toute notion d'ego, parce qu'on les habite. Mais parfois — et je suis sûr que ça vous parle — on connaît des personnes compatissantes parce que ça fait bien. Là, on est dans un piège de l'ego. L'ego dit : « sois compatissant parce que tu es quelqu'un de bien » ; « tu dois être dans l'abnégation parce que tu es plus grand, meilleur que les autres ». On est dans un déguisement : une fausse humilité, une fausse compassion, une fausse abnégation.

Troisièmement, le matérialisme spirituel. On commence à avancer dans le développement spirituel, et on va vouloir cumuler. On ne veut plus amasser de l'argent, on veut amasser des expériences mystiques, parce que « plus j'en ai vécu, plus ça veut dire que je suis spirituel ». Erreur, piège de l'ego. On a aussi beaucoup de personnes qui se sentent élues, choisies — « on est les 5 % qui vont sauver la planète ». Encore un piège de l'ego. Dès le moment où vous êtes dans le « soi par rapport aux autres », dans ces notions de spiritualité qui vous comparent au reste du monde — « il y a nous et les moldus », comme dans Harry Potter — c'est bon, vous êtes dans le piège du matérialisme spirituel. L'ego s'est habillé avec beaucoup de finesse, mais il vous a eu encore une fois, parce qu'il n'a pas envie que vous le transcendiez.

Les pièges de l'ego

« Moi, j'ai travaillé mon ego »

Celui-ci, je l'adore, il me fait rire. Quand quelqu'un vous dit « ah non, mais lui, il a travaillé son ego »… C'est le premier piège, et le plus grossier. Toute personne qui vient vous dire « moi, j'ai travaillé mon ego », partez en courant. Parce qu'elle pense être dans la transcendance, dans la supériorité de son développement personnel, alors qu'elle n'a même pas mis les pieds dans les starting-blocks. Ce sont des personnes dans le piège de la superbe, de la comparaison, qui se croient supérieures parce qu'elles pensent avoir transcendé leur ego — des êtres illuminés sur Terre, il y en a trop dans ce monde. Son ego s'est déguisé (humilité, etc.) et l'autre ne l'a pas vu ; il est tellement aveugle qu'il est convaincu qu'il vit sans ego, alors qu'il ne vit qu'enfermé là-dedans. Par écologie personnelle et communautaire, dites-lui merci, avec beaucoup de politesse au revoir, et partez en courant. J'exagère un peu, mais c'est un piège très courant.

La comparaison : laisser faire, laisser être

Dès le moment où vous voyez que vous êtes dans la comparaison, vous nourrissez la dualité, donc vous êtes dans un piège de l'ego. Pourquoi cette comparaison, surtout si elle vous fait mal ? Ça veut dire qu'elle vous oppose à quelque chose. Le premier point : laisser faire, laisser être. En termes de phrase bateau, je sais que je ne peux pas faire mieux, mais c'est ça. On pourrait faire dix lives sur cette seule question. Le chemin pour aller au-delà de la comparaison et de la dualité, c'est dans l'acceptation de se laisser faire et de se laisser être.

Et ensuite : rendre à chacun la responsabilité de son libre arbitre, quel que soit l'âge. Chaque personne fait des choix, et ces choix la rendent responsable. Parfois ces choix sont mauvais pour la personne elle-même, parfois ils m'impliquent. Mais souvent, l'ego fait quoi ? « Je prends des décisions qui ne me vont pas, et je t'en rends responsable. Je veux que toi, tu subisses les conséquences de mes mauvais choix, c'est à toi de résoudre mon problème. » Moi je viens d'Espagne, et on a souvent des mamans comme ça : « maintenant tu es responsable de ce que je vis, c'est à toi de résoudre mon problème. » Alors que non, maman, tu as fait des choix, et cette responsabilité t'appartient. Sinon, vous êtes dans une dualité inversée, celle de l'autre qui vous est imposée. Quand vous portez le poids des choix d'une autre personne qui vous en rend responsable, le seul moyen de vous libérer, c'est de lui rendre la responsabilité de son libre arbitre : les choix lui appartiennent, tout comme les conséquences de ces choix.

L'archétype de la victime

L'archétype de la victime est le troisième piège : c'est le Calimero. Celui-là, je le connais bien — j'y ai passé une bonne partie de ma vie, en pleurs : « il n'est pas content, elle n'est pas gentille, elle est méchante. » Je vais vous raconter une histoire trop belle. Les Navajos, les Indiens d'Amérique, se rassemblent en cercle quand vous avez un problème et que vous souffrez, que vous êtes victime de quelque chose. Parce que parfois, on a besoin d'en parler, et l'écoute de l'autre nous aide à transcender ce problème. On s'assoit en cercle pour que tu racontes ta situation de victime, et tous les sages du village t'écoutent. Si tu reviens une deuxième fois avec le même problème, le village s'assoit encore et t'écoute. Une troisième fois, le village t'écoute encore. Mais quand tu reviens une quatrième fois avec le même problème, tout le village te tourne le dos, physiquement, dans le cercle. On ne veut plus t'entendre, parce que ce n'est plus un problème : tu te victimises et tu veux nous entraîner là-dedans pour ne pas sortir de ce cercle infernal. En te tournant le dos, ils te disent : maintenant, il faut que tu fasses le travail nécessaire pour transcender cet archétype de victime, pour vivre au-delà de ce que tu subis.

Pour aller au-delà de l'archétype de la victime, il y a aussi le pouvoir du pardon radical. Deuxième livre, très méconnu, magnifique : Colin Tipping, Le pouvoir du pardon radical. À travers la notion de pardon — avec soi, avec sa réalité spirituelle — on peut transcender les étapes difficiles de sa vie. Il parle de résonance, de beaucoup de choses qui résonneront avec ce qu'on a raconté aujourd'hui. Un livre passé complètement inaperçu, mais qui mérite vraiment la lecture, car c'est à travers le pardon de soi et de son environnement qu'on arrive à transcender énormément de pièges.

Le confort et l'excès de confiance

Le dernier piège, c'est le confort et l'excès de confiance. Quand on passe des étapes, qu'on se dit qu'on est bien, qu'on maîtrise la situation, dans l'excès de confiance on baisse la garde. C'est là le piège : l'ego te dit « non, mais là tu maîtrises, t'inquiète pas ». En baissant la garde, on ne voit plus que les choses changent, que la donne n'est plus la même, et on se retrouve dans une situation impensable qui nous tombe dessus. Pourquoi ? Parce que tu n'étais pas assez attentif, trop confortable, trop confiant. Tu as oublié de regarder les choses qui évoluent comme tu les regardais jadis. L'ego te dit que tu sais, que tu as fait, vu, vécu, donc que tu n'as pas besoin de te préoccuper. Hélas, ce n'est pas comme ça.

Les survivants, victimes de l'ego

Pour finir — ce n'est pas un piège, mais j'ai envie de vous en parler — ce que j'appelle les survivants, victimes de l'ego. Ce sont des personnes qui ont vécu des choses extrêmement difficiles et qui ont réussi à les dépasser. Si elles ont réussi, c'est parce que l'ego était là. Quand tout est noir autour de vous et que vous vous accrochez à la dernière chose qui reste, c'est que vous croyez en vous, qu'il y a une voix intérieure qui te dit « lève-toi et marche ». C'est ton ego ami qui t'a sauvé la peau. L'ego est devenu un très grand allié pour ces personnes. Plus personne ne croyait en elles, plus rien ne marchait, et leur voix intérieure a dit « lève-toi, ça va le faire, tu vas réussir ». Quand elles ont réussi, elles se retournent et disent « oui, j'ai bien fait de tenir ».

Ces personnes ont souvent un ego extrêmement présent, et elles le défendent : « cet ego a permis que je m'en sorte. » Elles ont donc une double barrière de protection autour de leur ego : tous les pièges de l'ego qui nous empêchent de le transcender, plus ce lien d'intimité, presque une intimité fraternelle — « il m'a sauvé la vie, qu'est-ce que j'irais aller à son encontre ? » On se retrouve avec des personnes qui ont de sacrées personnalités, de bons carafons, bien ancrées, bien alignées dans leur vie. Pour les faire changer de position, il faut y aller. Je les appelle des supervivants — en Espagne, un survivant se dit superviviente. Ce sont des supervivants, mais qui vivent dans la dualité, parce qu'ils se sont construits dans la lutte contre l'adversité — or la lutte contre l'adversité est une dualité aussi. Ils ont donc une double barrière à transcender.

Et je m'inclus dans ce groupe. Avec le burn-out, j'ai mis beaucoup d'années à prendre conscience que j'étais un survivant et que j'avais développé un ego surdimensionné, mais sur des espaces beaucoup plus subtils. Je tenais à cet ego, et j'y tiens encore. J'ai donc beaucoup de barrières à transcender, dues au fait que c'est moi-même qui ai dû me sortir de ce trou obscur dans lequel j'étais tombé. Cette notion de lutteur peut t'amener à tomber dans une double barrière de protection.

L'exercice magique : embrasser des arbres

Concernant une question de l'exercice du jour 6 (écrire 5 caractéristiques qu'on critique chez soi, puis les transformer en affirmations positives) : pourquoi parler de « qualité négative » ? Je suis d'accord avec vous, ça peut prêter à confusion. Dans le contexte, une qualité, c'est une caractéristique. On rattache souvent le mot « qualité » à quelque chose de bon (un service de contrôle qualité), alors qu'une qualité a une neutralité : c'est une caractéristique, qui peut être négative ou positive. Et en réalité, elle est négative ou positive parce que vous la vivez comme telle. C'est l'angle de votre perception qui la rend positive ou négative. C'est l'une des magies du yin et du yang : ils ne sont ni bons ni mauvais. Le yin, c'est obscur ; le yang, c'est lumineux. Ce n'est pas parce que c'est obscur que c'est mauvais. C'est comme une pile : un pôle positif et un pôle négatif, on a besoin des deux pour qu'elle marche, sans qu'il y en ait un gentil et l'autre méchant.

Donc, la caractéristique est neutre. Ensuite, telle que vous la vivez, c'est l'exercice : notez en quoi elle devient négative pour vous, pourquoi vous ne l'aimez pas. Une fois identifiée, ce que Louise Hay vous invite à faire, c'est à reconnaître le petit monkey, le juge, le saboteur, à vous mettre en posture méta, à devenir spectateur de ce qui se passe en vous, puis à transformer cette phrase négative en une phrase positive que vous allez répéter pour programmer votre subconscient. (Là, je vous invite à écouter le podcast sur le pouvoir des affirmations, parce qu'il y a des neurosciences derrière ça : dans la répétition, on transforme le message du petit monkey en un autre message qui devient lumineux et nous programme.)

Maintenant, l'exercice magique. Vous allez me dire : « il est fou. » Non, je ne suis pas fou. Mais oui, il est magique : embrasser des arbres. « Là on bug, Iker. Tu nous parles d'ego, de transcendance de l'ego, et là tu nous dis d'aller embrasser des arbres ? » Oui, parce qu'il va vous apporter des choses absolument extraordinaires, et je vais vous le prouver.

Les huit étapes de l'exercice

Quand vous allez embrasser des arbres, la plupart des gens vivent d'abord :

  1. La honte. C'est l'expérimentation de la dualité : moi et les autres. On s'imagine qu'on va nous voir, qu'on va nous juger. « Qu'est-ce que je fous là à embrasser un arbre ? » Donc on va chercher une forêt où se cacher, où même les écureuils ne nous voient pas. C'est rare que quelqu'un commence cet exercice dans le parc du village.
  2. Le lâcher-prise. On abandonne son propre jugement. Je me donne le droit de faire.
  3. L'auto-observation (la posture méta). Je commence à me regarder. Je suis là en train d'embrasser l'arbre, j'ai dépassé la honte, lâché prise avec le jugement, et je regarde ce qui se passe en moi. C'est très auto-centré — on parle de l'ego, donc c'est centré sur moi. Au début, la seule chose qui m'intéresse, c'est ce qui se passe en moi : je respire plus fort, le cœur se calme, je me sens mieux… des choses très basiques.
  4. Le « moi et lui ». Il arrive un moment, inévitablement, où l'on prend conscience qu'il se passe des choses : il y a lui et moi. Ce n'est pas juste un bout de bois. Je prends conscience que je suis enlacé à un être vivant. Je commence à prendre conscience que nous sommes deux, moi et l'arbre, que nous communiquons.
  5. La communication subtile. C'est une page énorme de votre potentiel qui s'ouvre. Vous communiquez avec l'arbre, vous allez halluciner. L'arbre vous transmet de l'énergie, donc de l'information. Si vous embrassez des arbres de la même essence, vous vous rendrez compte qu'ils ont une signature en commun : la signature du frêne, du chêne, du châtaignier, du tilleul… Mais ensuite, ils ont des nuances, chacun est différent — j'appelle ça la personnalité de l'arbre. Vous n'êtes plus dans le « lui et moi », vous êtes dans l'échange à deux, il y a une interaction.
  6. La connexion avec l'alentour. À force d'embrasser des arbres, soudainement vos ressentis s'ouvrent et vous commencez à ressentir la connexion et la communication avec l'alentour : les autres arbres, l'herbe, les oiseaux.
  7. Le lien avec le tout. Les arbres deviennent la forêt. C'est comme si une porte s'ouvrait et que vous preniez conscience que vous êtes en liaison avec tout le vivant. Un effet waouh garanti. Et vous n'avez pas besoin de faire ça pendant 25 ans : en embrassant des arbres tous les jours, en quelques semaines, vous commencez à gravir toutes ces étapes.

Pourquoi c'est puissant ? Parce qu'un arbre, au début, c'est un bout de bois : pas d'yeux, pas de bouche, pas d'oreilles, il ne vous parle pas, pas d'expression. Que peut-il se passer en embrassant un bout de bois ? Eh bien, quand ça commence à se passer, vous n'avez aucun des repères de lecture de la communication qui sont les nôtres en tant qu'êtres humains. Pourtant, d'autres repères s'ouvrent, et vous prenez conscience que ça ne s'exprime pas qu'entre vous et l'arbre : ça s'exprime entre vous et tous les êtres vivants, tous les autres êtres humains. Vous vous ouvrez à un autre espace de communication avec la vie et le vivant. Grâce à ces étapes, vous développez un ressenti de plus en plus subtil que, appliqué à tout ce que je vous ai décrit sur l'ego, fait de vous des ninjas sur le chemin de transcendance de l'ego.

  1. La liaison fusionnelle avec la vie. J'ai conscience de mon « je » — donc pleinement rattaché à la notion d'ego — mais j'expérimente cet état fusionnel avec le vivant. Une notion de paix et de libération se met en place, surtout avec les deux années qu'on vient de passer.

Le rapport à l'ego, transformé

Et là, le rapport à l'ego change radicalement. Il vient s'exprimer de trois façons.

D'abord, il devient une toile de fond. Il est toujours là — l'ego fait partie de notre constitution, le transcender ne veut dire ni le tuer, ni le dépasser, ni l'éliminer ; il sera toujours là, mais en toile de fond. Comme un murmure, une sorte de fil de soie. J'aime dire qu'il est léger comme une toile d'araignée dans le vent. On voit ses reflets, comme un poisson sous l'eau dont on aperçoit soudainement les reflets. Il est canalisé de façon apaisée.

Ensuite, dans ces moments fugaces de transcendance, on sent sa présence, mais une présence bienveillante, à côté du vieux sage.

Et la dernière partie, la fin du chuchotement. Là, je ne parle que par théorie, d'après les discussions que j'ai eues avec de grands méditants — des rinpochés, des personnes aux parcours extrêmement avancés. Dans ces expériences de transcendance totale de l'être, on touche à une autre réalité, qui dépasse tout ce que l'on connaît actuellement. À ce moment-là, le chuchotement s'arrête, et l'on habite pleinement l'essence pure de qui nous sommes. Moi, je n'ai pas connu cet espace-là, donc je vous en parle en théorie, mais je cite avec beaucoup de respect les différents maîtres et grands méditants avec lesquels j'ai pu échanger ou travailler.

Vous avez là, pour conclure, un exercice extrêmement simple : juste embrasser des arbres. Le plus difficile, c'est de reconnaître les huit étapes. Il faut beaucoup, beaucoup de mois de pratique pour les découvrir tout seul sans savoir qu'elles sont là. Et le cadeau qu'on vous fait aujourd'hui, c'est qu'on vous les donne, ce qui vous permet de progresser beaucoup plus vite, et de vous ouvrir à des expériences de vie magnifiques.

Conclusion

Merci beaucoup de vous être joints à nous pour un épisode de plus de cette chaîne de podcast qui est la vôtre, « Une alchimie de l'éveil ». Aujourd'hui, il a été question de comprendre l'ego pour pouvoir s'aimer enfin librement.

Tout d'abord, nous avons vu cette notion d'ego : comment est-elle née, comment on a commencé à en parler. Il a été question de Freud, de psychanalyse, de psychologie occidentale, mais aussi de courants de psychologie orientaux qui voient l'ego différemment, et d'un troisième pilier, celui de l'ego lié à la spiritualité. Cela nous a amenés à nous poser une question : l'ego est-il un ami ou un ennemi ? Et nous avons vu à quel moment il nous rend service et à quel moment il se retourne contre nous, pour commencer à le connaître et essayer un chemin de transcendance. Nous avons découvert les petits murs, les petites embûches, les aspérités rattachées aux spirales de l'ego et aux pièges qu'il nous tend.

Et nous avons fini cet épisode particulièrement avancé, un épisode pour ninja si vous l'amenez jusqu'au bout, avec un exercice magnifique de lien au vivant, de lien à votre fort intérieur, de lien à votre potentiel et à votre capacité de ressenti subtil — ceci pour mieux vous connaître et mieux comprendre votre ego.

Je suis Iker Aguirre, et ceci est votre chaîne de podcast « Une alchimie de l'éveil ».